Quand le rideau se lève sur les Jeux d'Amsterdam, la France grâce à Cochet, Lacoste et Borotra bat les Etats-Unis 4-1 en finale de la Coupe Davis au stade Roland-Garros à Paris. Le tennis, écarté des Jeux, faute d'avoir pu apporter la preuve de son amateurisme intégral, n'a rien perdu de son prestige en se séparant de l'Olympisme. Ce sont autant de médailles perdues pour la France qui cependant se comporte honorablement en Hollande.
L'haltérophile Roger François, pompier de son état, s'impose, dès le premier jour des épreuves, dans la catégorie des poids moyens, avec le total de 335 kg, au dépens de l'Italien Carlo Galimberti, champion sortant, qu'il devance de 5 livres, grâce à une remarquable arraché de 102,5 kg.
Roger François a pourtant failli renoncer aux Jeux. Quelques temps plus tôt, participant à l'extinction d'un incendie dans la salle Pleyel, il a été victime d'une intoxication qui aurait pu avoir des conséquences graves pour sa santé.
Le succès de Roger François encourage son jeune compatriote Louis Hostin qui, dans les mi-lourds, fait longtemps trembler l'Egyptien Saïd Nosseir. Ce dernier ne l'emporte que de 2,5 kg sur ce Français âgé de 20 ans.
Lucien Gaudin, qui entre en lice à son tour, au moment où Hostin enlève sa première médaille olympique, a plus du double de l'âge de son compatriote : 42 ans. Pour la dernière fois, le plus grand escrimeur du siècle, héros malheureux des Jeux d'Anvers et de Paris, affronte le Gotha Olympique de l'escrime.
La France est dominée par l'Italie dans le tournoi de fleuret par équipes et l'on craint que Gaudin ne laisse encore passer sa chance.
Gaudin a déjà remporté 7 victoires consécutives en poule finale, quand il est opposé à un Allemand, Erwin Casmir, nanti, pour sa part de 6 victoires. Casmir porte involontairement un violent coup de garde du côté droit du masque du Français, à la hauteur de la tempe. Gaudin, KO debout, doit interrompre l'assaut.
Au bout de 15 minutes, dans un silence impressionnant, devant quelques centaines de spectateurs qui retiennent leur souffle, Gaudin reprend le combat. Mais il n'a pas récupété complètement et doit s'incliner 3-5.
Mais le Français Cattiau remet tout en question en infligeant à Casmir un 5-0 sans appel.
Pendant ce temps, dans les vestiaires, on s'efforce de ranimer Gaudin : aspirine, cognac, massage...
En 30 minutes, Gaudin passe de l'abattement le plus complet à la surexcitation. Il repart du bon pied contre l'Américain Lewis qu'il bat 5-3, puis il s'impose à l'Italien Giulio Gaudini 5-4, après avoir frôlé l'irrémédiable catastrophe en étént mené 2-4.
Mais le voici que flanche à nouveau contre Pulliti devant lequel il s'incline 3-5.
Il lui faut absolument remporter son match contre Gazzera pour participer à l'épreuve du barrage devenue nécessaire. Lucien Gaudin touche une fois, 2 fois, 3 fois ; il ôte son masque et respire profondément, 5-0. Gaudin est en barrage avec Casmir et Gaudini, à égalité de victoires.
Edwin Casmir affronte d'abord Giulio Gaudini, devant un public muet. Casmir défait l'Italien par 5 à 3. Mais l'Allemand est fatigué. Lucien Gaudin, qui a soif de revanche, le surclasse 5-1. Reste le match Gaudin-Gaudini.
Giulio Gaudini est un escrimeur de très grande taille, possédant une envergure et une détente qui rappelle celle de son glorieux aîné Nedo Nadi.
Lucien Gaudin mène 1-0, mais il est rejoint, puis dépassé par le Transalpin. Le Français, égalise 2-2. Au cinquième assaut, Giulio Gaudini effleure le plastron de Lucien Gaudin. L'arbitre crie "non touché". Tumulte dans les rangs italiens, protestation véhémente de Gaudini. Lucien Gaudin ôte alors son masque, se dirige vers le juge et lui dit calmement : "Je suis touché". Gaudini salue son adversaire de son fleuret et les deux hommes se remettent en garde : 2-3 pour Gaudini qui touche encore. 2-4. Une touche de plus de Giulio Gaudini et c'en est fini du rêve olympique du Français.
C'est alors que Lucien Gaudin se montre superbe. Il retrouve brusquement toute sa maîtrise : 3-4, 4-4. Giulio Gaudini attaque de toutes ses forces, mais son fleuret ne fait que frôler l'épaule de Lucien Gaudin qui, d'une magnifique contre-attaque, marque la touche décisive et victorieuse.
Porté en triomphe, Gaudin est emmené dans le vestiaire où l'on s'efforce de le ranimer.
Lucien Gaudin s'abstient du tournoi d'épée par équipe, enlevé par les Italiens, 9-7, face aux Français.
Après deux jours de repos complet, Gaudin revient pour tirer en épée individuelle. Bien qu'il soit encore très endolori par son heurt avec Edwin Casmir, il survole la compétition de toute sa classe et s'impose cette fois avec une aisance déconcertante devant son compatriote Georges Buchard. Ainsi se termine en apothéose une carrière exceptionnelle qui s'étend sur 1/4 de siècle.
Les Français brilleront également dans d'autres sports : en cyclisme grâce au sprinter René Beaufrand qui, faisant preuve d'une endurance de marathonien et d'une rare habileté pour un coureur de 20 ans, mystifie en finale l'enfant du pays, Antoine Mazairac, qui est distancé d'une longueur.
Les Danois dominent l'ensemble des épreuves en s'attribuant 3 titres et notamment la route avec Henry Hansen qui l'emporte avec 8 minutes d'avance.
Les frères Armand et Edouard Marcelle, en deux avec barreur, terminent derrière les Suisses Hans et Karl Schöchlin.
L'Américain Paul Costello triomphe pour la troisième fois, en double-scull, en étant associé à Charles McIlvaine.
L'Australien Henry Pearce fait sensation en skiff.
A Amsterdam, il personnifie l'esprit des Jeux.
En effet, à mi-course, pendant son quart de finale, il arrête de ramer pour permettre à une famille de canard de passer devant son bateau à la queue leu leu.
Pearce remporte néammoins le 1/4 de finale et même la médaille d'or de l'épreuve.
Dans le bassin de 50 m, Johnny Weismuller demeure le maître du sprint en 58"6 sur 100 m nage libre.
Sur 400 m nage libre, surprise, l'Argentin Alberto Zorilla devance Andrew Charlton et Arne Borg.
Sur 1500 m, Arne Borg s'impose enfin. Andrew Charlton est toujours là, bon second.
Les Américains sont intouchables en 4x200 m nage libre.
Sur 100 m dos, George Kojac bat, en 1'8"2, le record du monde.
En brasse, les Japonais se montrent pour la première fois avec Yoshiyuki Tsuruta, qui s'impose à l'Allemand Eric Rademacher.
Chez les dames, c'est un nouveau trust américain en nage libre. Albina Osipowich remporte le 100 m.
Martha Norelius l'emporte sur 400 m et améliore, en 5'45"2, le record mondial.
En remportant la médaille d'or du 400 m nage libre des Jeux Olympiques de 1924 et de 1928, elle devient la première nageuse à remporter le titre olympique dans deux olympiades consécutives et dans la même épreuve.
Le relais 4x100 m revient également aux Américaines.
En revanche, c'est la Hollandaise Maria Braun qui remporte le 100 m dos.
L'Allemande Hilde Schrader s'adjuge, quant à elle, le 200 m brasse en égalant le record du monde qu'elle avait établi en demi-finale.