Aux 20 km marche, le Barcelonais Dani Plaza l'emporte après 1h21'45" de course alors que le favori Massana se voit disqualifié à quelques mètres de l'entrée du stade.
Plaza s'est également débarrassé de Damilano, terrassé par la chaleur humide.
Au lancer du poids masculin, on assiste à la constitution d'un podium bizarre et contestable. Michael Stulce, champion inattendu, réussit son meilleur concours de l'année avec 21,70 m. Il avait été contrôlé positif à l'entraînement en mars 1990 pour utilisation de stéroïdes. Une semaine avant les Jeux, il est destitué de son titre universitaire pour utilisation de ces mêmes produits anabolisants. Cette récidive aurait dû entraîner sa radiation à vie, mais la Fédération Américaine d'Athlétisme ne reconnaît pas les sanctions infligées par la Fédération universitaire.
Le second, l'Américain James Doehring, a lui aussi été contrôlé positif hors compétition le 6 décembre 1990. Il ne devrait pas non plus être sur le terrain puisqu'il vient d'être cindamné comme pourvoyeur d'amphétamines à 5 ans de prison avec sursis !
Le Russe Lykho se classe 3ème, mais on reste perplexe à la lecture des résultats en constatant que le grand favori, le Suisse Gunthoer, demeure à plus d'un mètre de ses performances habituelles.
Sur 100 m, Linford Christie termine devant le Namibien Fredericks et l'Américain Mitchell.
Linford Christie demeure, en 9'96", à 10/100ème du Record du Monde de Carl Lewis.
Le 100 m féminin, où l'on a envisagé un quatuor Torrence, Ottey, Cuthbert, Privalova, déjoue tous les pronostics. L'Américaine Gail Devers réussit à l'emporter.
C'est au départ que Devers fait la différence. Elle possède dès les 20 m un avantage que ses rivales ne parviendront pas à combler. En 10"82, malgré un vent défavorable de 1 m/s, Gail Devers passe la ligne sans savoir si elle l'a emporté. Juliet Cuthbert se tourne alors vers elle et lui dit simplement : "Gail, tu as gagné."
Au marathon, la Russe Valentina Yegorova souffre le martyre pour gravir les 3 km de la côte de Montjuich. Elle lâche dans les derniers hectomètres la petite Japonaise Yuko Arimori.
Au lancer du marteau, le représentant du Tadjikistan, Abdulaiev, remporte son premier succès de l'année aux dépens du favori Astapkovitch.
En hauteur, Javier Sotomayor enlève son premier titre officiel, marquant ainsi brillamment le retour de Cuba aux Jeux Olympiques. Un modeste 2,34 m suffit au recordman du monde.
Dorovskikh perd sa couronne sur 3000 m au profit de la Russe Yelena Romanova, meilleure finisseuse. La Française Marie-Pierre Duros, brillante en série, sort par la petite porte.
Un Marocain doublé, Hamou Boutayeb, méconnaissant les règlements, se place devant son compatriote Khalid Skah et le Kenyan Chelimo dans le dernier kilomètre du 10 000 m, et ralentit manifestement l'allure.
Skah préfère s'expliquer seul avec Chelimo, mais Boutayeb s'incruste bêtement.
Le juge-arbitre n'intervient pas ; il faut que le président de la Commission technique de l'IAAF descende sur le terrain pour signifier à Boutayeb qu'il doit cesser son manège.
Skah et Chelimo s'expliquent dans un dernier tour dramatique. A l'entrée de la dernière ligne droite, Skah serre de près le Kenyan, qui doit repousser son rival du bras.
Au terme d'un 10 000 m emballant, où les Kenyans ont constamment animé la course, Skah impose sa pointe de vitesse terminale sous une énorme bronca. 10 mn plus tard, le juge-arbitre prononce la disqualification du Marocain.
Le jury d'appel le requalifie le lendemain parce qu'il estime que Skah n'a pas bénéficié d'une aide caractérisée.
Mike Conley, le véréran américain du triple saut, s'envole à 18,17 m.
Et puis on lit sur le tableau d'affichage de l'anémomètre : + 2,10 m. Le record ne sera pas homologué, mais Mike Conley est champion olympique.
Sur 110 m haies, ni Dees, ni Pierce ne montent sur la plus haute marche du podium qui semble promise au Britannique Colin Jackson, auteur d'un fulgurant 13"10 en série. Mais ce 110 m haies tourne au jeu de massacre pour le Britannique qui heurte 6 haies et perd contact avec les leaders. Mark McKoy, le meilleur partant de cette épreuve, prend un avantage décisif dès le coup de pistolet et l'emporte en 13"12. Cela fait 72 ans que le Canada n'a pas remporté un 110 m haies olympique.
Sur 800 m féminin, après les éliminations des ex-Allemandes de l'Est, Wodars et Wachtel, c'est la soirée des dupes pour les russes et pour la Cubaine Quirot. Nuruddinova mène un train d'enfer avec l'espoir de lâcher tout le monde. Mais elle ne peut repousser un incroyable retour de la Hollandaise Ellen Van Langen qui apporte à son pays sa première victoire en course depuis la fameuse Fanny Blankers-Koen.
Sur 10 km marche féminin, la Chine accède pour la première fois au sommet du podium. Les juges ont dû sévir dans cette épruve contestable en déclassant la Russe Ivanova au profit de Chen.
En demi-finale du 400 m dames, Marie-José Pérec a fait sensation : en 49"48, elle a devancé sans grand effort la Colombienne Restrepo et l'Ukrainienne Bryzgina, championne sortante.
La finale du 400 m fait battre bien des coeurs. Marie-José Pérec affronte la tenante du titre, l'Ukrainienne Olga Bryzgina.
En vitesse pure, la Française possède un gros avantage sur l'ex-Soviétique. Placée devant elle, Marie-José respecte le rythme qu'elle s'est fixé. Elle est pointée en 22"82 aux 200 m. Aspirée par l'accélération progressive de Pérec, Bryzgina se brûle les ailes. Le virage somptueux qu'accomplit la Française accentue sa fatigue. De 2 m son avance fond à 50 cm quand les deux athlètes atteignent les 300 m en 35"1.
La ligne droite est implacable, mais la délivrance est à portée de foulée, à 60 m de l'arrivée. Bryzgina, la puissante, cède la première.
Marie-José Pérec s'offre un temps de première grandeur : 48"83.
Dans le 400 m masculin, privé d'Everett blessé, Quincy Watts accomplit le one man show attendu. Pointé en 20"9 aux 200 m, puis en 31"2 aux 300 m, Watts a sans doute laissé passer l'occasion de battre le record du monde. Ses 43"50 constituent néanmoins un remarquable record olympique.
Sur 800 m, Johnny Gray tente le tout pour le tout. Il passe aux 400 m en 49"99, mène jusqu'aux 600 m en 1'15"5, mais il a laissé en route une bonne part de ses forces. Dans l'ultime ligne droite, il ne peut réagir à la contre-offensive déclenchée par les Kenyans William Tanui et Nixon Kiprotich. Gray ne gagnera jamais une grande cours face à de tels finisseurs.
En demi-finale du 200 m masculin, Mike Marsh manque de peu d'accomplir un retentissant exploit : il sort du virage en 10"2, poursuit son effort jusqu'aux 180 m et se relève inconsidérément, avant de constater sa bévue : le tableau électronique indique 19"73. Il est à 1/100ème du Record du Monde.
Dans l'autre demi-finale, coup de théâtre invraisemblable : Michael Johnson termine 6ème en 20"78. Mike Marsh, nouveau champion olympique du 200 m devant Fredericks, doit se mordre les doigts.
Marsh accomplit comme la veille un énorme virage, mais la brise maritime le freine dans les 50 derniers mètres : il se contente de 20"07.
Au disque, l'Allemand Schult demeure à près de 10 m de son Record du Monde. C'est le Lithuanien Romas Ubartas qui l'emporte.
Sur 400 m haies, Ledovskaia, Ordina et Ponomareva terminent loin derrière la Britannique Sally Gunnell qui approche le record du Monde en 53"23 et devance la fantasque Farmer-Patrick.
Bien parti au 100 m, où il réussit 10"70, Christian Plaziat abandonne après 4 épreuves au décathlon.
Plaziat stoppé, O'Brien absent, le décathlon est une affaire européenne. Avec 8611 points, le Tchécoslovaque Robert Zmelik n'est pas un champion au rabais. Il a battu largement l'Espagnol Penalver et l'Américain Dave Johnson.
Dans le concours de saut en longueur, Mike Powell croit en sa chance jusqu'au dernier essai, mais 3 cm ont suffit pour que Carl Lewis complète sa prodigieuse collection de médailles.
Lewis demeure le magicien des Jeux.
Edwin Moses est à nouveau au départ de la finale du 400 m haies. Au terme d'une prodigieuse ligne droite, Kevin Young s'empare du Record du Monde de Moses. Kevin Young termine en 46"78.
Avalant les obstacles au rythme de 12 foulées pour chaque intervalle, Young est pointé à la 5ème hiae en 20"5, soit 2/100ème de mieux que l'étonnant Stéphane Diagana qui finit en 48"13.
Voula Patoulidou accède au rang des immortels grâce à sa victoire surprise sur 100 m haies.
Merlene Ottey ne sera jamais championne olympique : sur 200 m elle termine 3ème. La Jamaïquaine n'a pu endiguer le rush de Gwen Torrence qui descend son record personnel à 21"81.
A Barcelone, on n'imagine pas que Sergei Bubka puisse subir le plus cruel camouflet de sa carrière.
Ses deux jeunes coéquipiers, Maxim Tarassov et Igor Trandenkov, l'escortent avec respect.
Le doute s'est insinué dans la tête de l'Ukrainien.
En trois tentatives malheureuses, Tarassov et Trandenkov deviennent les maîtres de l'épreuves.
Le visage de Bubka s'est fait gris, n'exprimant ni dépit, ni tristesse.
C'est tellement inhabituel que Tarassov et Trandenkov contiennent leur légitime joie.
Le 4x100 m français est éliminé sans gloire en demi-finale.
En finale, Carl Lewis réalise un somptueux relais. Les Etats-Unis l'emporte en 37"40, soit une moyenne de 9"35 par athlète.
Heike Drechsler gagne le titre olympique à la longueur en devançant la grande dame de l'athlétisme américain, Jackie Joyner-Kersee.
Sur 3000 m steeple, les Kenyans organisent le festival attendu.
Cette fois, c'est Matthew Birir qui se montre le meilleur.
Il laisse son compatriote Mutwol s'époumoner pour mieux le maîtriser dans la dernière ligne droite.
Dans le 10 000 m féminin, la Britannique Liz McColgan lance l'épreuve. La Sud-Africaine Elena Meyer a vu qu'elle faiblit. Elle attaque aux 7000 m et croit faire la décision, mais une petite Africaine la rejoint bientôt et ne quitte plus sa foulée. A un tour de la fin, l'Ethiopienne Derartu Tulu accélère brusquement, laissant sur place sa rivale.
C'est la première victoire d'une Africaine de couleur dans une épreuve des Jeux Olympiques.
Dans le 4x400 m masculin, Valmon court le premier relais et lance Quiny Watts qui accomplit son tour de piste en 43"1, plaçant ainsi Michael Johnson et Steve Lewis sur la voie de la victoire.
Sur 5000 m, les Kenyans sont trop attentistes, ce qui permet à l'Allemand Dieter Baumann de s'infiltrer dans leurs rangs et de les assommer dans les 50 derniers mètres.
L'Espagnol Fermin Cacho joue à cache-cache avec ses rivaux dans un 1500 m très tactique. Il surgit dans le dernier virage pour entrer seul dans la ligne droite et l'emporter.
Evelyn Ashford devient à nouveau championne olympique avec le relais 4x100 m féminin.
Il est 18h30 quand les marathoniens s'élancent par une chaleur insupportable à 30 km au nord-est de Barcelone. L'Afrique et l'Asie animent l'épreuve.
Trois hommes se détachent : 2 Coréens du Sud et un Japonais.
Très vite, il ne reste plus que Hwang Young-Choi et Morishita.
Le Japonais est moins bon grimpeur que le Coréen et peine dans l'escalade de la colline de Montjuich. L'effort de Hwang est d'une violence extrême.
Il est 21 h quand le Coréen l'emporte, mais s'effondre et est évacué sur une civière.
Le dernier survivant du marathon, le Mongolien Pyam-Buu-Tuul, finit après 4 h de martyre.
Les Jeux de Barcelone ont gagné la partie sur tous les tableaux, sans que jamais ils soient entachés par des incidents mettant en cause la sécurité des concurrents ou des spectateurs.
Les Jeux de la XXVème Olympiade sont bien ceux de la trêve olympique comme l'a voulu le CIO, comme l'a souhaité Juan Antonio Samaranch. Les Jeux Olympiques ont instauré un climat que les Etats sont incapables d'imposer.
A Barcelone, un nouvel ordre mondial s'est mis en place. Au-delà du règne interrompu de l'exs-U.R.S.S. et de la R.D.A., les hiérarchies ont été bousculées. Sous le signe de la CEI, les drapeaux des 12 républiques désormais indépendantes se sont levés. L'Allemagne, en incorporant l'Allemagne de l'Est, a laissé en chemin un tiers de son potentiel ; les Etats-Unis ont montré leurs limites en remportant la moitié de leurs médailles dans deux sports : l'athlétisme et la natation. Dès lors, il se peut que l'un des grands vainqueurs de ces Jeux soit l'Espagne. Avec 13 médailles d'or, elle se démarque de ses références traditionnelles. Outre de multiples retombées économiques, les Jeux ont offert à un peuple étonné la pluralité du sport. Quant aux Français, ils ont accompli leur meilleur parcours depuis 1948, avec 29 médailles.
Hormis les voix de José Carrera, de Placido Domingo et de Victoria de Los Angeles, l'éclatement d'un prodigieux feu d'artifice et une rumba effrénée reprise par les 10 000 compétiteurs rassemblés au centre du stade, la cérémonie de clôture ne laissera pas un souvenir indélébile. Retenons simplement les propos forts et émouvants du président des Jeux, Pasqual Maragall, qui n'hésite pas à déplorer que les hommes n'aient pas été capables de s'inspirer des joutes pacifiques du stade.
Le combat pour la paix engage l'avenir des Jeux Olympiques, ainsi que le rappelle Juan Antonio Samaranch, qui a été l'homme des Jeux de Barcelone et qui sera encore président en 1996 à Atlanta puisqu'il a décidé de se représenter pour un nouveau mandat de 4 ans.