ATHLETISME

    L'athlétisme a ouvert ses tréteaux devant plus de 80 000 spectateurs.
    Sur 20 km marche, le Mexicain Ernesto Canto confirme sa supériorité devant son compatriote Gonzalez et l'Italien Damilano, tenant du titre.

    Au poids féminin, l'Allemande de l'Ouest Claudia Losch s'impose, pour 1 cm, à la Roumaine Loghine. Avec son jet de 20,48 m, elle se serait classée, au mieux, 6ème ou 7ème, sans le boycott.

    Carl Lewis a effectué son entrée, en série et en quart de finale, sans encombre. en 10"06 dès sa première apparition, il a démontré son savoir-faire. Le 100 m est l'épreuve qu'il redoute le plus.
    Carl Lewis a effectué le première levée de son grand chelem sans la moindre dificulté. Inscrit dans quatre épreuves, il a survolé le 100 m comme aucun autre de ses prédécesseurs ne l'avait fait avant lui.
    Au soleil couchant, alors que l'ombre envahit le Coliseum, Lewis remprote dons le 100 m en 9"99 sans éprouver le besoin de casser le buste sur le fil, ce qui lui aurait permis de gagenr 3 à 4/100ème, et de frôler le record du monde : 9,93.
    Lewis laisse son compatriote Graddy très exactement à 2 m, ce qui, dans un 100 m olympique, constitue une marge considérable.
    Lewis a pourtant été le plus lent à réagir au coup de pistolet 177/1000ème de seconde contre 145 à Ben Johnson le Canadien et 147 à Ron Brown, le troisième Américain, malheureusement légèrement blessé.
    Mais, bien qu'il ait été mené par Graddy, jusqu'au 40 m, Lewis a réellement surclassé ses adversaires dès qu'il s'est lancé. A égamoté avec Graddy aux 60 m, il a fait le différence en moins de 3" de course, sans se soucier de la performance, comme s'il avait voulu contrôler.
    9"99 par vent presque nul avec, comme seul objectif "la gagne", voilà qui en dit long sur le potentiel du sprinter de Houston.



    Le triple saut, très diminué par le boycottage revient à l'Américain Al Joyner avec une performance honorable : 17,26 m.

    Pendant quelques minutes, on a pu croire que le soeur de Al Joyner allait remporter l'heptathlon. Mais, la malheureuse Jackie souffre d'une blessure à la cuisse et, pour 2/10ème, elle laisse échapper, dans le 800 m, la seconde médaille d'or qui s'offrait à la famille, en l'absence des puissances de l'Est. C'est l'Australienne Glynis Nunn qui l'emporte.

    1,57 m, 48 kg. Joan Benoît ne doit sa célébrité qu'au fait que le marathon féminin a été ajouté au programme olympique.
    Dès le 4ème km, elle impose son allure. A sa propre surprise, la Norvégienne Grete Waitz, la championne du monde en titre, ne se risque pas à la suivre. Elle imagine sans doute qu'elle reverra tôt ou tard l'Américaine. Mais, Joan ne ralentit pas : après une demi-heure de course, elle possède déjà 25" d'avance sur un groupe de 13 concurrentes. Elle ne cessera, dès lors, d'augmenter son avantage, et ne connaître pas la moindre défaillance, en dépit de la chaleur lourde et humide qui règne en ce dimanche matin sur Los Angelès. Grete Waitz termine 2ème à 1'34" de sa rivale. Elle a compris trop tard que Benoît ne pouvait être battue qu'au sprint.
    Loin derrière toutes les concurrentes, la Suissesse Gabrielle Andersen-Schiess provoque une grande émotion chez les 80 000 spectateurs qui garnissent les tribunes du Coliseum en cette fin de matinée. Elle finira son épreuve comme un pantin disloqué, victime d'une insolation et totalement déshydratée.

    La victoire d'Edwin Moses dans le 400 m haies, 8 ans après celle de Montréal, est dans l'ordre normal des choses. Moses remprote sa 106ème victoire consécutive.
    Il a dû batailler ferme pour ne pas céder trop de terrain dans la ligne droite ; mais, le jeune Harris, encore inconnu quelques mois plus tôt, a cru en ses chances jusqu'au bout. Il est d'ailleurs venu à bout pour la médaille d'argent de l'Allemand Schmidt.

    Evelyn Ashford veut à tout prix gagner à Los Angelès.
    A 27 ans, elle ne sait pas de quoi demain sera fait.
    Elle remporte, vent debout, le 100 m en 10"97, haut la main, devant sa compatriote Alice Brown, avec une avance confortable.
    Ce qui est certain, c'est que c'est une bien belle et touchante championne olympique qui pleure de joie sur le podium. 10"97, avec 1,20 m de vent défavorable, c'est une performance très respectable qui doit donner à réfléchir à Marlies Goehr.

    Au javelot masculin, on assiste à la faillite de l'ex-recordman du monde Petranoff. Le Finlandais Haerkonen profite de cette faiblesse, et renoue avec la tradition nordique.

    Le 800 m masculin s'annonce par ailleurs comme un des sommets des Jeux.
    Coe, 6 mois après avoir repris l'entraînement à la suite d'une maladie se qualifie assez aisément ; le Brésilien Cruz, pour sa part, teste ses rivaux en leur imposant un 800 m fantastique en 1'43"82 ! 10 m derrière lui, Steve Ovett, tenant du titre, ne doit qu'à son orgueil de se qualifier au prix d'un plongeon spectaculaire qui lui permet d'arracher la 4ème place au Soudanais Omar Khalifa. Mais on sent Ovet au bord de l'épuisement.
    Fabuleux 800 m, assurément l'une des plus belles épreuves des Jeux.
    La nouvelle star de l'épreuve est le Brésilien Joaquim Cruz.
    Dominateur au cours des trois premiers tours, Cruz a usé tous ceux qui se sont trouvés sur sa route. Le plus épuisé est sans conteste le Britannique Steve Ovett qui a emprunté, par trois fois, les mêmes voies que le Brésilien, et qui a dû cravacher ferme pour se qualifier en finale. Sebastian Coe, en revanche, a évité, depuis les séries, son rival brésilien.
    Il s'attend à un rythme très élevé, à une cavalcade de Cruz. En effet, dès le départ le Brésilien est passé en 49"56 au 400 m de sa demi-finale. Coe ne voit son salut que dans une tactique identique en finale. Mais Cruz a plusieurs cordes à son arc. Il laisse le soin au Kenyan Koech d'assurer un train moyen : 51"07 au 400 m. A partir des 500 m, Cruz va durcir la course, et empêcher Coe d'user de son changement de rythme, l'arme qu'il redoute le plus.
    Quand à l'entrée de la ligne droite, Coe veut se porter à la hauteur de son adversaire, il est trop usé pour pouvoir le menacer. Cruz s'envole vers une magistrale victoire en 1'43", deuxième performance mondiale de tous les temps, assez loin devant Coe qui a vite compris, et qui est trop content de pouvoir préserver sa médaille d'argent. Il sera dit que le Britannique ne gagnera jamais un grand 800 m.



    L'Italien Alberto Cova est le prince sans partage du 10 000 m. Il a jonglé dans le dernier tour avec le Finlandais Vainio, dont on apprendra, quelques jours plus tard, qu'il a été disqualifié pour usage d'anabolisants !

    Sur 110 m haies, le grand favori Greg Foster a connu un court instant de faiblesse au départ. Son compatriote Roger Kingdom en a profité pour lui prendre un bon mètre. Foster qui ne s'en est jamais remis, termine à 4/100ème de son jeune rival. Kingdom remporte ainsi sa première victoire en 13"20.
    Le jeune Français Stéphane Caristan n'y a peut-être pas cru sufficamment. Mais sa 6ème place est une accession à la notoriété.

    Pour Valerie Brisco-Hooks, c'est une révélation intégrale.
    Sandra Cheeseborough est de loin la favorite sur 400 m. Mais, elle est partie trop lentement ; elle ne peut revenir sur Valerie Brisco-Hooks qui conserve une courte mais nette avance. 48"83 sur 400 m ! qui l'eût cru, elle qui n'était jamais descendue sous les 51" avant le début de la saison ?

    Pas de surprise en longueur, concours qui manque du piment de la concurrence pour contraindre Carl Lewis à sortir le grand jeu : 8,54 m au premier essai, saut mordu au second. Lewis s'est rhabillé, et s'est contenté de donner quelques conseils à Larry Myricks qui ne pourra accéder au podium, réservé à l'Australien Honey et à l'Italien Evangelisti.
    Lewis s'est abstenu de toute tentative supplémentaire.
    Il sera sifflé, alors qu'il reçoit sa deuxième médaille d'or, par des spectateurs qui ont payé 80 dollars, et qui attendent autre chose de leur idole. Quelque soit la suite, la popularité de Lewis en aura pris un coup.



    Le moment de plus dramatique de la journée se situe dans une demi-finale : le Jamïquain Cameron, champion du monde de 400 m, se cabre soudain après 100 m de course : il a ressenti une douleur à la cuisse. Pendant quelques foulées, il claudique ; on croit qu'il va s'arrêter car il a perdu plus de 10 m sur ses rivaux. Mais, il repart à toute allure, et parvient à se qualifier en 45"10.
    Cameron, qui a aggravé sa contracture, ne pourra prendre le départ de la finale au cours de laquelle il aurait peut-être menacé le record du monde de Lee Evans.
    Le 400 m est somptueux avec 6 coureurs à moins de 45", du jamis vu. Le jeune Australien Clark, qui ne doute de rien, est parti sur les bases du record du monde : 21"28 au 200 m, 32"09 au 300 m. Il possède alors 4 à 5 m d'avance sur l'Américain Alonzo Babers qui revient progressivement sur la fin, en compagnie de l'Ivoirien Tiacoh. A l'arrivée : 44"27 pour Babers, 44"54 pour Tiacoh.

    Au moins deux Français vont viser le podium à la perche. Pierre Quinon et Thierry Vigneron se sont qualifiés pour la finale avec Serge Ferreira.
    Pierre Quinon, a tenu et gagné le pari de battre les sauteurs à la perche américains chez eux. Duel France-Etats-Unis, ce concours s'engage, après un prélude languissant, à 5,60 m, quand Thierry Vigneron donne le signa de l'escalade, imité par Earl Bell. Quinon et Tully se réservent.
    Quinon a franchit 5,45 m sans difficulté, et Mike Tully a passé 5,55 en beauté. Ils se retrouvent tous deux à 5,60 m : Quinon ne tente qu'une fois, et apporte ses deux autres tentatives à 5,70 m ; coup de poker en partie payante, car Tully ne passe qu'au 3ème essai, à 5,65 m.
    Bell et Vigneron échouent à 5,70 m : la route est libre pour Quinon et Tully. Le Français réussit 5,70 m à sa première tentative. Tully attend, Qu'à cela ne tienne, Quinon franchit superbement 5,75 m. C'est trop pour Tully qui, contraint d'atteindre 5,80 m, rend les armes en passant sous la barre, harrassé de fatique...



    Sur 200 m, en 19"80, Lewis obtient son troisième titre individuel par vent nul. Il éprouve cependant plus de difficulté pour s'imposer que sur 100 m. Son compatriote Baptiste termine 2ème en 19"96.

    La Marocaine Nawal El Moutawakil profite de l'absence des championnes de l'Est pour enlever le titre du 400 m haies.



    Le décathlon met le Britannique Daley Thompson sur l'orbite d'une grande performance: il distance l'Allemand de l'Ouest Hingsen, recordman du monde, grâce à des performances étonnantes : 10"44 au 100 m, 8,01 m en longueur, 15,72 m en poids, 2,03 m en hauteur, 46"97 au 400 m pour un total, jamais atteint de 4633 points.
    Poursuivi par Hingsen, Thompson ne s'est accordé, au cours de la seconde journée, aucun moment de relâchement, jusqu'au 1500 m, ultime épreuve, où il a eu une attitude qui ne correspond pas à l'image que l'on se fait du personnage.
    Très en avance sur le record du monde, Thompson n'a besoin que de réussir 4'34"8 au 1500 m pour effecer Hingsen. Un jeu d'enfant, pense-t-on, pour le Britannique dont le record est de 4'20"3. Il prend un départ prudent, se maintient dans une allure modest pendant 1200 m, puis commence à accélérer.
    4'20", 4'25", 4'30". Thompson pousse un peu, mais sans conviction. 4'33", 4'34", 4'35" juste ; il passe la ligne 2/10ème de seconde trop tard pour devenir recordman du monde.
    Ce dénouement en queue de poisson ne retire rien au mérite de Daley Thompson.
    Dans ce décathlon, où Hingsen n'a rien pu contre la maestria du Britannique, un Français révèle un grand talent naissant. William Motti totalise, en effet, 8266 point et enlève la 5ème place en laissant apparaître une énorme marge de progression, aussi bien dans ses spécialités fortes, comme les lancers et la longueur, que dans des épreuves où il se sent encore friable, tel que le 1500 m et la perche.



    En l'absence des pays de l'Est, Valerie Brisco-Hooks a doublé la mise dans le 200 m qu'elle a remproté dans le remarquable temps de 21"81.

    La Roumanie se taille un double succès en longueur féminine où la recordwoman du monde, Anisoara Cusmir-Stanciu, n'attent cependant pas les 7 m en devançant sa compatriote Ionescu.

    Remarquable finale de 3000 m steeple, animée par le Néo-Zélandais Renner, et remportée par le Kényan Julius Korir dans le temps de 8'11"80. Joseph Mahmoud termine à une très belle deuxième place en 8'13"31.
    Durant la course, Mahmoud a marqué en priorité celui qu'il considérait comme l'homme à battre, l'Américain March. Mais, March, en mauvaise santé, n'a pas sa vista habituelle. Au moment décisif, c'est-à-dire lorsque Korir accélère à 300 m du but, avant de démarrer franchement à 120 m de l'arrivée sur le dernier saut de la rivière, il est à quelques mètres du Kényan, et ne pourra pas revenir sur lui. Mahmoud, qui le suit, ne se rendra compte de son erreur que quelques secondes après le changement de rythme de Korir. Dès lors, il songe à assurer sa deuxième place.

    Toute l'Amérique attend le sacre de sa reine Mary Decker sur 3000 m ; elle aussi va commettre une erreur de placement qui aura des conséquences graves pour elle. A trois tours de l'arrivée, l'ex Sud-Africaine Zola Budd, qui court pieds nus, et qui porte désormais les couleurs du Royaume-Uni, est en tête. A la corde, Decker, enfermée, cherche à se frayer un chemin. Elle pousse légèrement Budd de la main, qui fait un écart ; Decker bute contre sa jambe, et s'affale de tout son long à l'intérieur de la piste. Elle a perdu la course qu'elle n'aurait certainement pas perdu au sprint contre la Roumaine Maricica Puica. Mary voit s'envoler son rêve.

    Ulrike Meyfarth, couronné à moins de 15 ans, en 1972 à Munich, avec 1,92 m, remporte son second titre olympique, exploit sans précédent, 12 ans après le premier.
    Cette fois, elle doit s'élever à 2,02 m pour prendre le meilleur sur Sara Simeoni, championne olympique en titre. Maryse Ewanje-Epée, la jeune Française, se classe 4ème. Il lui fallait franchir 3 cm de mieux que ses 1,94 m pour accéder au podium.

    Sur 100 m haies, en l'absence des 10 meilleurs spécialistes mondiales, toutes de l'Est, l'Américaine Benita Fitzgerald s'est imposée à la Britannique Shirley Strong. La Française Laurence Elloy a laissé passer sa chance en se faisant éliminer en série, sur une faute irrémédiable, au passage de la première haie.

    La plus grosse surprise du jour est enregistrée au disque masculin : l'Allemand Rolf Danneberg, assez peu connu au plan international, prend le meilleur sur les Américains Wilkins et Powell, assez loin, il est vrai, de leurs meilleurs performances habituelles.

    Le Mexique a remporté, par Raul Gonzalez, la deuxième épreuve de marche, sur 50 km.

    Carl Lewis est le 4ème relayeur du 4x100 m américain.
    Les sprinteurs américains, très largement supérieur à leurs rivaux, sur le papier, prennent cependant des risques, car ils veulent gagner avec panache. Quand Calvin Smith transmet le bâton à Lewis, ce dernier a déjà 3 à 4 m d'avance. Il accomplira un parcours de toute beauté, et bouclera, lancé, les derniers 100 m en 8"94. Les Américains l'emportent en 37"83, nouveau record du monde, avec une avance de près de 10 m sur leurs suivants immédiats : la Jamaïque.

    Le 4x400 m masculin américain, avec une moyenne de 44"45, réussit le meilleur temps au niveau de la mer.

    Chez les dames, les Etats-Unis approchent de 5/100ème le record mondial de la R.D.A. en 41"65.

    Sur 4x400 m, les Américaines surclassent leurs concurrentes en laissant supposer qu'elles n'auraient pas cédé de beaucoup aux Allemandes de l'Est.

    L'Italie est à l'honneur sur 1500 m : Gabriella Dorio se détache dans le dernier tour, et impose sa pointe de vitesse à la Roumaine Doina Melinte qui croyait au doublé 800-1500 m.



    L'Italie est aussi présente, au sommet du podium, au lancer du poids avec l'inattendu Alessandro Andrei qui maîtrise les Américains assez loin de leurs performances du début de saison.

    En hauteur, on attend le Chinois Zhu ; mais il cale devant une barre décisive à 2,35 m. Ses espoirs s'évanouissent tandis que l'Allemand de l'Ouest Dietmar Moegenburg franchit superbement 2,35 m, avant de tenter vainement 2,40 m.

    Sur 1500 m, où Ovett, victime d'une grave défaillance, abandonne après 2 tours de piste, le train est d'abord assuré par le Soudanais Khalifa, relayé pendant quelques hectomètres par l'Américain Scott, qui disparaître totalement ensuite. Aux 800 m, atteints en 1'56"8, l'Espagnol Abascal prend l'affaire en main. Il atteint le kilomètre en 2'24"7, le 1200 m en 2'53"21. L'allure s'est activée considérablement ; et, deux hommes, derrière lui, restent en course pour la victoire, à l'abord des derniers 200 m : Cram, le champion du monde, et Coe, le champion olympique.
    Cram attaque à 200 m du but, mais Sebastian Coe, parfaitement placé dans sa foulée, réagit instantanément. Il le passe dans le virage, place une première pointe à 120 m du but, se détache progressivement et, quand Cram semble revenir, après un moment de flottement, Coe change à nouveau de rythme, et s'envole vers sa deuxième victoire sur 1500 m. C'est la première fois, aux Jeux Olympiques, qu'un coureur conserve son titre sur cette distance.
    Sebastian Coe a couvert les derniers 400 m en 53"3.

    Le Marocain Saïd Aouita a été bien inspiré de participer au 5000 m car personne n'a pu résister à son accélération du dernier tour. Le Portugais Leitao a bien tenté de l'user au train.
    Aouita, sans rechercher la performance, l'emporte en 13'15"59 devant l'étonnant Suisse Ryffel.

    Au Coliseum a été donné le départ du marathon masculin. Le Portugais Carlos Lopes, 37 ans, y connait la douce joie d'une consécration qu'il a vainement recherchée sur piste tout au long d'une superbe carrière.
    Sa valeur pédestre est très supérieure à celle de ses rivaux, y compris le Britannique Spedding et l'Irlandais Treacy.
    Son accélération dans les derniers kilomètres sera la marque d'une maîtrise exceptionnelle, confirmée par une performance de tout premier plan, compte tenu des difficiles conditions atmosphériques : 2h9'21". Pour la première fois de toute l'histoire des Jeux, retentit, l'hymne du Portugal, pays qui n'avait encore jamais gagné une épreuve olympique.




    Alors que la nuit tombe sur le Coliséum, embrasé par un feu d'artifice géant, il est temps d'établir les premiers bilans : la France remprote 27 médailles, et accomplit ainsi un incontestable redresseemnt, même s'il a été favorisé, dans certains domaines, par le boycottage des pays de l'Est.
    Après les 14 médailles de Moscou, dont 6 d'or, les Français enregistrent leur meilleur total depuis les Jeux Olympiques de 1948.
    Les Etats-Unis, pour leur part, ont tenu leur pari : ils ont d'abord remarquablement organisé les Jeux de la XXIIIème Olympiade, qui se sont déroulés sans incident notable, et sans que la sécurité, si souvent évoquée par les boycotteurs, soit prise en défaut.
    Les Américains se sont ainsi partagés, avec les pays occidentaus, les dépouilles de l'U.R.S.S. et de la R.D.A., en remportant 83 médailles d'or, soit 3 de mieux que les Soviétiques à Moscou.

    La Roumanie, avec 20 victoire, et la Chine, avec 15 médailles d'or pour son retour, ont également marqué ces Jeux de leur présence. Ils ont démontré en tout cas que les absents avaient tort, comme avaient eu tort les Américains en 1980.
    Et, tandis que la flamme s'éteint tout en haut de la tour du stade olympique, et que les Jeux finissent, alors que les souvenirs commencent, il faut garder en mémoire deux phrases prononcées au cours d'une cérémonie de clôture sans génie :
    "Votre véritable tour d'honneur, c'est d'être les ambassadeurs de la paix" a dit Peter Ueberroth en s'adressant aux athlètes.
    "Je convie la jeunesse du monde à se rassembler dans 4 ans à Séoul pour les Jeux de la XXIVème Olympiade", a jeté au monde Juan Antonio Samaranch, en transmettant au maire de la capitale Sud-Coréenne le drapeau olympique.

    Dans sa conférence de presse qui mettait un terme à une olympiade, Juan Antonio Samaranch déclarait :
    "Je suis satisfait que nous soyions arrivés au bout de ces Jeux sans le moindre problème...
    Il faut à tout prix éviter, en 1988, un nouveau boycott, et recréer l'unité olympique."

    1984-1988 la nouvelle olympiade qui commence sera-t-elle celle de la réconciliation ? L'Est peut-il se passer de Jeux, alors que l'on sait ce qu'ils représentent au plan du prestige et de la propagande ? La réponse n'appartient pas au C.I.O. Elle demeure liée, hélas, comme elle l'était déjà en 1980, à la détente et à la compréhension mutuelle entre les deux blocs.




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