SOUDAIN L'HORREUR

    Au petit matin d'une journée qui s'annonce chaude et ensoleillée la nouvelle claque au centre de presse : Un commando de terroristes palestiniens s'ent introduit au village olympique et a inversti les appartements occupés par la délégation israélienne au 31 de la rue Connolly. Plusieurs athlètes ont pu s'échapper mais, outre neuf captifs, un dirigeant a été tué et une entraîneur grièvement blessé, il est mort peut-être aussi !
    Aussitôt, c'est la ruée des journalistes vers le village olympique distant seulement de 500 m du centre de presse.
    Un journaliste israélien donne les premières informations :
    "Je m'appelle Aaron Lahan ; M. Lalkin, chef de la délégation m'a téléphoné ce matin qu'il s'était passé quelque chose de grave. A 6h30, je suis arrivé au village et j'ai vu le cadavre de Moshe Weinberg... Ce qui je sais c'est que Weinberg a été mitraillé sur son lit. En entendant cela un autre Israélien a donné l'alerte mais il s'est fait tirer dessus... Grâce à lui trois sportifs ont pu s'enfuir en pyjama, mais beaucoup d'autres sont prisonniers." dit-il.
    Un journaliste italien qui a voulu escalader une grille se brise une jambe.
    Les journaliste français parviennent à passer le service d'ordre grâce à l'équipe de handball d'URSS, de retour d'entraînement, à laquelle ils se mêlent à la faveur d'une grosse bousculade.
    Bien avant le N°31, où a eu lieu la fusillade et où se tiennent les Palestiniens et leurs otages juifs, la rue Connolly est barrée.
    Dans le grand immeuble qui fait face au petit bloc israélien, la délégation d'Allemagne de l'Est refuse d'évacuer.
    "Nous avons avec nous notres propre police," dit Manfred Ewald, le responsable de l'équipe de RDA à M. Schreiber, chef de la police de Munich, "nous sommes assez grands pour nous défendre tout seuls."
    Schreiber explique à l'Allemand de l'Est que lui et son équipe sont sous sa responsabilité. On négocie et la RDA consent à évacuer, mais une partie de l'immeuble seulement.
    Les 12 000 policiers de Munich sont sur les dents et 25 tireurs d'élite arrivent.
    Deux "command cars", deux chars et deux ambulances s'avancent sous la sortie de l'immeuble. Dans le car téléphonique, on s'affaire. Douze lignes y sont tirées qui fonctionnent sans arrêt. Sur la table, à l'intérieur, le plan du village olympique est minutieusement étudié par Hans Dietrich Genscher, ministre de l'intérieur, Walter Troeger, le maître du village et Manfred Schreiber.
    De temps en temps, un Palestinien apparaît au balcon, visage caché par une cagoule ou par un foulard.



    Dès 13h, les témoins qui se trouvent à l'intérieur pensent que les Palestiniens ne sortiront que de nuit tant sont nombreux et peu discrets les tireurs d'élite disséminés sur les toits. Le monde entier, sens dessus-dessous, est à l'écoute de Munich. On connaît les cinq demandes du commando qui appartient à l'organisation clandestine "Septembre Noir", la branche dure des irréductibles du "Fatah", le mouvement pour la "Libération de la Palestine".

  1. Israël doit remettre en liberté 250 Palestiniens prisonniers dont la liste, transmis aux autorités israéliennes, comprend notamment le Japonais Kozo Okamoto, auteur du massacre de Lod.
  2. Les athlètes israéliens otages des feddayins devront être trensportés à bord d'un avion de n'importe quelle nationalité vers une capitale arabe à l'exception d'Amman et Beyrouth.
  3. Une fois les otages arrivés à destination, des négociations s'ouvriront avec le gouvernement ouest-allemand en vue d'obtenir, d'une part la remise en liberté des otages et, d'autre part, le départ sans encombre des auteurs de l'attentat.
  4. Le gouvernement ouest-allemand ne doit pas tenter de libérer les otages par la force, car cela signifierait immédiatement la mort pour les otages.
  5. Ces demandes ne peuvent faire l'objet d'aucune négociation, et si Israël les rejette ou tente de faire traîner les choses en longueur, les feddayins "mettront à exécution leus projets en ce qui concerne les otages israéliens et laisseront Israël supporter la responsabilité de l'affaire en raison de son attitude."

    Mais, comme on pouvait s'y attendre, Tel Aviv, qui s'est tracé comme ligne de ne jamais céder à aucun chantage, ne parle pas un seul instant de libérer les prisonniers palestiniens.
    La situation se bloque, d'autant plus nettement que le commando de Septembre Noir refuse d'échanger ses captifs contre des personnalités allemandes qui se sont portées volontaires.
    Le CIO décide d'interrompre les Jeux Olympiques pour 24h.
    C'est vers 22h que le drame se dénoue dans le sang. Trois hélicoptères décollent du village olympique en direction de l'aérodrome militaire de Fürstenfeldbrück. Ils emportent les Palestiniens, les otages et plusieurs officiels allemands. Chacun des pilotes est surveillé par un homme de Septembre Noir. Pendant le vol les journalistes peuvent aller jusqu'à l'immeuble israélien de la rue Connolly où ils apprennent que le blessé est mort dans l'après-midi. Deux morts déjà !
    A Fürstenfeldbrück où se sont repliés les tireurs d'élite allemands, les hélicoptères atterissent dans l'obscurité. Les tireurs d'élites tentent de tuer les Palestiniens, ces derniers mitraillent les otages puis font exploser un hélicoptère à la grenade. L'action dure 8 minutes. Les neuf otages sont morts et seuls trois Palestiniens blessés survivent.



    Depuis le début de l'après-midi tous les drapeaux sont en berne à Munich.

    Cérémonie funèbre au stade olympique dans lequel s'entassent 80 000 spectateurs.
    Tous les regards sont braqués sur les Israéliens rescapés qui viennent de perdre onze des leurs. Compte tenu du petit nombre de leurs représentants à Munich c'est comme si, une nouvelle fois, un génocide avait frappé les Juifs. On remarque l'absence des représentants des pays arabes, de l'URSS et de l'Allemagne de l'Est.
    Le public se méprend sur le sens exact du discours prononcés par MM. Lalkin et Ben Horin, ambassadeur d'Israël à Bonn. On croit qu'ils donnent leur "feu vert" pour la continuation des Jeux Olympiques, or quelques heures plus tard les journalistes interviewent M. Lalkin qui déclare :
    "Notre position est claire, nous sommes pour l'olympisme dont nous estimons immense la portée et la valeur. Mais nous rejetons les Jeux Olympiques de Munich et sommes déçus de les voir se poursuivre compte tenu de ce qui vient d'arriver.
    Cela dit, le CIO est le maître des Jeux et chacune des nations qui y participe, maîtresse de sa décision de poursuivre ou non les épreuves."

    Les journalistes disent alors à M. Lalkin que la sonorisation du stade étant mauvaise, beaucoup ont cru entendre à ce moment-là qu'Israël était pour la continuation des Jeux de Munich.
    "Pour la poursuite du mouvement olympique, oui, pour celle des Jeux de Munich sûrement pas, au contraire." précise-t-il.
    Peu après, suivi de sa délégation, M. Lalkin se rend au deuxième étage du bâtiment administratif où l'attend l'ambassadeur d'Israël en Allemagne et des personnalités allemandes.
    Les deux parties se séparent sans chaleur excessive après que les gerbes aient été déposées devant l'immeuble.
    Les Israéliens ont les yeux rouges et gonflés ou bien cachés derrière des lunettes de soleil. L'un d'entre eux consent à s'exprimer :
    "Nous pleurons onze morts, c'est énorme compte tenu du petit nombre que nous étions à Munich."
    Les journalistes demandent à M. Lalkin comment le commando a pu entrer puisque de l'extérieur la porte ne peut être ouverte sans clé.
    Il regarde cette porte N°3 et répond brièvement :
    "Ce coup a été longuement préparé;"

    Au total, 17 personnes sont mortes : 11 Israéliens, 5 Palestiniens et 1 policier allemand.

    Au 31 de la rue Connolly s'accumulent des gerbes rouges de glaïeuls et d'oeillets.
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