ATHLETISME

    Première finale importante, celle du lancer du poids messieurs, O'Brien, à 28 ans et demi, est face à Long, 20 ans et Bill Nieder, 27 ans.
    Nieder porte un appareil orthopédique au genou droit, c'est un "souvenir" du football américain. Bill Nieder est le premier homme à avoir dépassé les 20 m.     Nieder et O'Brien ne s'aiment pas. Plein de mépris O'Brien a toisé Bill Nieder puis lui a tourné le dos.
    O'Brien se dirige dans le cercle, se ramasse et lance à 19,11 m.
    Long et Nieder sont pétrifiés par le trac. Ce n'est qu'au 5ème essai que Bill Nieder se délivre enfin dans un hurlement que le stade entier accompagne. Le boulet rebondit là-bas, très loin à 19,68 m.
    Il reste 2 essais à O'Brien, mais cette fois c'est Nieder qui lui fait le coup du mépris.
    O'Brien ne s'en remettra pas, son règne est terminé !

    Les Français Seye, Piquemal et Delecour passent tous les trois le cap des séries du 100 m, mais disparaissent tous les trois dès les 1/4 de finale. Seye n'a pas semblé insister. Il mise tout sur le 200 m.
    Depuis l'extérieur vers la corde, les 6 finalistes du 100 m sont : Sime (E-U), Budd (E-U), Norton (E-U), Figuerola (Cuba), Radford (G-B), Hary (Allemagne de l'Ouest).
    Depuis le début de l'été Armin Hary est recordman du monde du 100 m qu'il a couvert en 10". Mais on n'y croit guère car Hary a la réputation d'anticiper sur les départs avec la bienveillante complicité des starters allemands.
    100 000 spectateurs et le starter l'observent.
    En même temps que la flamme du pistolet, Armin Hary a jaillit comme un éclair blanc.
    Faux départ ! Le starter rappelle les coureurs et désigne Hary.
    Armin Hary était, contrairement aux apparences, parfaitement bien parti.
    Les hurlements des supporters allemands résonnent aux 4 coins du stade. Hary lève le bras comme un homme qui accepte le verdict.
    Les 6 concurrents basculent une nouvelle fois vers l'avant puis s'immobilisent.
    Le coup de feu est aussitôt noyé par les cris de 100 000 personnes. Armin Hary n'a pas cette fois quitté son bloc le premier, mais à la 3ème foulée il est déjà en tête.
    Aux 40 m, l'oiseau allemand a un bon mètre d'avance.
    Aux 60 m, il en a à peu près 2. Mais Sime de l'autre côté de la piste est maintenant en action.
    Il reste 5 m, Sime est presque sur Hary. Ultime foulée, l'Allemand lance son buste en avant et va chercher le fil avec l'épaule droite. A peine la ligne franchie le grand Sime passe, emportant le fil, trébuche, et s'écrase au sol. Hary a gagné !
    Armin Hary a gagné son pari, il est champion olympique.
    Radford est 3ème.

    Le Français Lenoir est sorti d'entrée dans une série de 800 m ultra-rapide.
    Finale du 800 m, aucun Américain n'a pu y entrer.
    Comme chacun s'y attendait, fidèle à sa tactique le Suisse Waegli prend la tête et fonce.
    Le Belge Moens est superbe. Le stade tout entier regarde tourner la foulée de Roger Moens.
    Waegli est toujours en tête. moins de 52" aux 400 m. C'est vite, très vite, trop vite, Waegli continue, il fonce. Aux 600 m, il est toujours en tête. Mais Moens s'est décalé vers l'extérieur et prépare son attaque. La "mécanique Waegli" commence à tourner moins rond.
    Soudain Moens attaque, à fond.
    Le Jamaïquain Kerr réagit.
    Moens, en pleine piste au couloir n°2 est à 80 m du fil avec 5 ou 6 m d'avance. Il jette un coup d'oeil en arrière vers l'extérieur, car il craint Kerr.
    Moens sait alors que Kerr n'aura pas le temps de le rattraper ; Moens sait qu'il est champion olympique.
    Il reste 50 m, Moens fixe de nouveau la ligne d'arrivée.
    A la corde un maillot noir a surgi et, dans un sprint fou dévore l'espace qui le sépare de Moens.
    Le maillot noir d'un néo-zélandais de 21 ans, Peter Snell, s'est engouffré à la corde.
    C'est à une dizaine de mètres du fil que Moens comprend. Il voit Snell à 1 m de lui. Tout ce que Moens a de meilleur, il le lance dans la bataille. Il résiste, résiste et sur 796 m Moens est encore champion olympique mais pas sur 800 m ! Il cède les 4 derniers mètres et le maillot noir emporte le fil blanc de l'arrivée. Roger Moens ne sera jamais champion olympique.
    Il s'écroule, puis se redresse pour féliciter Snell.

    Pour les Français, le choc du jour c'est la qualification de Bernard sur 5000 m.
    Dans la finale, Michel Bernard est englué par la chaleur.
    L'affaire se joue, en tête, entre les Allemands Grodotzki et Janke, le Polonais Zimmy, et encore un Néo-Zélandais, Halberg.
    Coup d'audace encore, à 1200 m de l'arrivée Murray Halberg sprinte et s'évade. il prend 25 m à ses adversaires. Finalement c'est Grodotzdi que se décide à la poursuivre. Mais c'est dur, Halberg fonce.
    Le stade est debout et encourage Murray Halberg, à l'exception de la colonie allemande qui hurle pour Grodotzki. Mais à 400 m de l'arrivée, le visage du Néo-Zélandais est déjà défiguré par la souffrance. Halberg se retourne une fois, deux fois.
    Dans la ligne droite, l'ultime ligne droite, un instant Murray Halberg semble en équilibre instable mais il repart. Halberg tient, il va tenir.
    Il coupe le fil avec, encore 4 ou 5 m d'avance, titube et s'écroule foudroyé, au bord de la syncope.



    Michel Bernard, 7ème, peste :
    "Sur 1500 m vous allez voir ce que vous allez voir !"

    En saut en hauteur John Thomas se concentre et fixe la barre.
    Le Russe Robert Shavlakadze a passé 2,14 m au premier essai et Thomas a échoué. Avant le second essai, Thomas jette un coup d'oeil vers le Soviétique, mais ce dernier lui tourne le dos.
    Une course souple, lente, appel, Thomas passe. En revenant près des Soviétiques, il leur jette encore un regard qu'ils ignorent. Les Soviétiques sont encore 3 contre le géant noir : Shalakadze, mais aussi Brummel et Bolchov.
    La barre est à 2,16 m.
    Après une course vive, rectiligne, un appel parfait, Robert Shavlakadze s'enroule impeccablement autour de la barre et passe au premier essai.
    Cette fois, Thomas a peur. Il échoue tout comme les deux autres Soviétiques.
    Mais à son second essai, Brummel passe 2,16 m.
    Second essai de Thomas : échec.
    Dernière tentative: exit Thomas ! Il aura beaucoup de mal à arracher le bronze à Bolchov.
    Le stade fait un triomphe aux deux Soviétiques.

    La Soviétique Irina Press remporte le 80 m haies.

    La Soviétique Elvira Ozolina est médaillée d'or au javelot.

    En saut en longueur, Ralph Boston l'emporte en battant le record olympique de Jesse Owens. Le Soviétique Igor Ter-Ovanessian est 3ème.

    Triplé américain dans le 400 m haies enlevé de superbe manière par Glenn Davis déjà champion olympique à Melbourne.

    Dans le 100 m féminin, victoire somptueuse de celle que l'on surnomme déjà la "gazelle noire" : Wilma Rudolph.
    La Française Catherine Capdevielle, appliquée, sérieuse, a terminé 5ème de ce grand 100 m.

    La Soviétique Tamara Press triomphe au poids.

    Le Soviétique Golubnitchi gagne sur 20 km marche.

    Livio Berrutti gagne le 200 m.
    Abdou Seye termine 3ème.

    Jazy et Bernard se qualifient pour la finale du 1500 m. Bernard, dans une série très dure a pris la tête...pour ne plus la quitter.
    Jazy, lui, s'est qualifié plus à l'économie mais avec beaucoup d'autorité.
    Un homme a fait une impression énorme l'Australien Herb Elliott. Tout le monde le croit invincible : tout le monde sauf Bernard.
    Les coureurs de la finale du 1500 m s'élancent. Bernard bondit en tête. A toute allure, avec, dans sa foulée, le fameux Suédois Dan Waern, le Roumain Vamos, Elliot, puis le Hongrois Rozsavolgyi, puis Jazy, le Norvégien Hammarsland et la Américains Grelle et Burleson. Pas de changements aux 400 m, ni aux 500, ni aux 600, ni aux 700, quel train d'enfer.
    Aux 800 m, Elliot vient en pleine piste et attaque, donnant une énorme impression de puissance et de force en réserve. Il arrive tout de suite à la hauteur de Bernard, qui pique un démarrage et refuse de céder.
    Pendant 200 m, Bernard sprinte à fond pour empêcher Elliot de passer.
    Au kilomètre, Elliot est en tête et accélère encore.
    A 300 m de l'arrivée, c'est l'explosion. Seuls deux hommes sont restés dans la foulée : Rozsavolgyi et Jazy.
    Elliot accélère encore et lâche ses ultimes poursuivants. Il plane sur le 1500 m et coupe le fil en 3'35"6, nouveau record du monde. A la lutte, Jazy vient cueillir la médaille d'argent en 3'38"4, nouveau record de France. Rozsavolgyi termine 3ème.

    Nouveau triomphe de Wilma Rudolph dans le 200 m.

    Victoire d'un cheveu de Lee Calhoun sur Willie May au 110 m haies.

    Au décathlon, la lutte entre Rafer Johnson et la formosan Yang Chuan-Kwang est entamée.
    Le dramatique 1500 m du décathlon permet à Johnson de résister au Chinois Yang Chuan-Kwang. Il l'emporte par 58 petits points d'avance.

    Dans le 400 m, l'Américain Otis Davis attaque. Il entre dans la ligne droite, avec une énorme avance. L'Allemand Kaufmann est à 5 m. Davis tient...Non ! A la mi-ligne droite, il commence à zigzaguer ; d'une haute et belle foulée Kaufmann revient mètre après mètre. Davis est à la dérive. A 6 m du fil Kaufmann est sur lui, il va passer...non ! Davis va chercher dans ses ressources le dernier sursaut qui le relance. Le fil : Kaufmann s'est lancé en avant et l'emporte ave la bouche, mais la poitrine de l'Américain a touché également. Kaufmann roule au sol.
    Les deux hommes n'osent pas se regarder, ni regarder le juge qui vient et qui se place devant Davis et lui parle. Alors l'Américain bondit et hurle.
    Il va vers Kaufmann qui, très maître de lui, le prend en photo. 44"9 pour les deux hommes.

    Josef Schmidt gagne le triple saut.

    Al Oerter, comme à Melbourne, gagne le lancer du disque.

    "Tarzan" Don Dragg, gagne le saut à la perche.

    Victoire de Pyotr Bolotnokov aux 10 000 m.

    Victoire des Américains dans le relais 4x400 m.

    Victoire pour la Roumaine Iolanda Balas dans le saut en hauteur.

    Victoire de Viktor Tsybulenko au javelot messieurs.

    Victoire des Allemands au relais 4x100 m où les Américains finissent en tête, mais sont disqualifiés.

    Victoire au 4x100 m pour les Américaines et 3ème médaille d'or pour Wilma Rudolph, reine des Jeux.

    Ce soir, un Ethipien, pieds nus, passe en vainqueur la ligne d'arrivée du marathon olympique. Les Italiens lui font un triomphe. Il se nomme Abebe Bikila.
    Derrière Bikila vient un autre Africain, le Marocain Rhadi ben Abdesselam.


    L'éveil de l'Afrique, la poussée de l'URSS, la résurrection allemande et le recul américain sont les événements de ces très grands Jeux Olympiques de Rome.


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