ATHLETISME

    Une petite et frêle Portugaise de 30 ans, Rosa Mota, fait toute la course en tête dans le marathon féminin.
    L'Australienne Martin et l'Allemande de l'Est Doerre sont les dernières à résiter ; mais à 6 km de l'arrivée, Rosa Mota se détache irrésistiblement.



    Plus inattendue est le succès du Tchécoslovaque Jozef Pribilinec dans le 20 km marche, qui voit la défaillance totale des Soviétiques.

    Au poids l'Allemand de l'Est Ulf Timmermann arrache la première place à son dernier essai au virevoltant Américain Barnes, avec un jet de 22,47 m.



    Ben Johnson semble avoir surmonté les doutes qui l'assaillaient. Bourré d'influx, il détale sous le nez de Carl Lewis.
    Johnson n'a pourtant pas réagi miraculeusement au coup de pistolet. Son temps de réaction a été pratiquement identique à celui de Lewis qui cependant cède, instantanément, du terrain au Canadien. Voulant serrer Johnson de trop près, Lewis a emballé le moteur prématurément. Il ne peut accélérer, se libérer avant les 80 m.
    Johnson a pris un considérable avance en courant les 40 et 60 m à plus de 12 m à la seconde.
    Lewis est ravalé, à l'arrivé, au rang de sprinter secondaire. Sur la ligne, 13/100ème, soit 1,50 m, séparent les deux hommes. C'est énorme dans un 100 m de ce niveau. Ce qui est encore plus fabuleux, c'est le temps qui s'inscrit au tableau électronique : 9"79, record du monde battu de 4/100ème de seconde ! Johnson secoue sa tête de chien battu et affirme qu'il nest nullement étonné de sa performance :
    "Mon entraîneur charles Francis avait prévu 9"76."
    Beau joueur, Carl Lewis est allé le premier vers Johnson pour le féliciter. Pendant la course, il a tourné à trois reprises la tête vers le Canadien ; son regard a alors exprimé toute la détresse du monde.



    En heptathlon, Jackie Joyner-Kersee fait bonne mesure : elle caracole en tête dès le 100 m haies où la Française Beaugeant perd toute chance en tombant sur le premier obstacle.
    Bien que blessée en sautant en hauteur, Jackie Joyner- Kersee accomplit un étonnat parcours. Dans le 800 m, il lui faut réussir 2'13" pour améliorer son propre record du Monde. Elle pulvérise ce temps en 2'6" et totalise 7591 points, nouveau record.

    Florence Griffith-Joyner ne fait jamais les choses à moitié.
    Après ses 10"62 en demi-finale, elle consent à tenir compagnie à ses rivales jusqu'à mi-course, puis elle "met violemment le turbo".
    Jamais une femme n'a gagné un 100 m olympique avec une telle avance. Evelyn Ashford concède 3 m pleins et l'Allemande de l'Est, Heike Drechsler plus encore. Certes, le vent souffle favorablement à 3m/s, mais on s'interroge.



    Le 400 m haies échappe de peu à Edwin Moses. En effet, il commet une faute inhabituelle chez lui : il piétine devant le 5ème haie et doit fournir un violent effort pour revenir au niveau de son compatriote André Philipps au 7ème obstacle. Et puis alors qu'on croit qu'il va s'imposer, il se plante sur la 8ème haie et perd toute chance d'enlever un 3ème titre. André Philipps, très fatigué lui aussi, a toutes les peines du monde à repousser le spectaculaire retour du Sénégalais Dia Ba qui pulvérise son Record d'Afrique et enlève une surprenant médaille d'argent en 47"23.



    En hauteur, le Soviétique Avdeienko montre qu'il possède des nerfs solides, en maîtrisant le surprenant Américain Conway, le deuxième Soviétique Povarnitsine et le Suédois Sjoeberg. Avdeienko est le seul à franchir 2,38 m dans un concours où, fait sans précédent, 12 athlètes dépassent 2,31 m.

    En lancer du javelot, l'élu se nomme Tapio Korjus. Souffrant d'un grosse élongation à la cuisse, il devance cependant, avec 84,28 m, le recordman du monde Jan Zelesny au dernier essai.

    Tatiana Samoilenko suit tout au long du 3000 m la Roumaine Paula Ivan et la passe sans coup férir dans la dernière ligne droite en 8'26"53 tout près du Record du Monde.

    Carl Lewis est revenu.
    Une heure apèrs avoir disputé un quart de finale du 200 m, il effectue son premier saut en longueur et prend un option sur le titre. Un instant menacé par son compatriote Powell, 8,44 m, Lewis prend son envol et atterit à 8,72 m, malgré un vent très capricieux. Son éternel rival, Larry Myricks, se bat comm un beau diable, prend tous les risques, trop sans doute, car il mord deux essais à plus de 8,70 m san pouvoir inquiéter Lewis.



    Roger Kingdom garde son titre sur 110 m haies en un remarquable 12"98, à 5/100ème seulement du fabuleux record de Renaldo Nehemiah.

    La Soviétique Olga Bryzgina se distingue sur le 400 m.

    L'Allemande de l'Est Sigrun Wodars l'emporte sur 800 m.

    Petra Felke s'assure la victoire au javelot.

    Au marteau, le Soviétique Sergey Litvinov devance Yuryi Sedykh.

    Sur 800 m, un quasi-inconnu, venu du Kénya Paul Ereng, donne la leçon à toutes les vedettes, en attaquant de loin.



    Le Maroc se console avec le 10 000 m où Brahim Boutayeb fait preuve d'un esprit tactique remarquable en osant suivre un autre Kenyan, Kimeli, qui a tenté l'échappée en compagnie de l'Italien Artibo.
    Boutayeb accomplit un coup de force inouï, au 3ème kilomètre et sur une accélération pleine de hardiesse, il lâche ses deux rivaux. En 27'21"46, et en se retournant pour observer l'arrivée de ses rivaux, il devient le troisième Marocain médaillé d'or en athlétisme.




DOPAGE



    Carl Lewis a récupéré une médaille d'or, celle du 100 m, mais il en a perdu une autre sur 200 m.
    Malgré un remarquable virage, qui lui permet de prendre un sensible avantage sur son jeune équipier, Joe De Loach, Lewis se fait remonter sur la ligne droite et flanche dans les 20 derniers mètres. De Loach manque le Record du Monde de Pietre Mennea de 3/100ème seulement. Quant à Lewis, il réussit 19"79.

    On n'imagine pas que le tout nouveau recordman du monde du 400 m, Harry Reynolds, puisse être inquiété. Reynolds connaît pourtant l'amertume d'une défaite à laquelle il contribue. Comme inhibé par l'enjeu, il prend un très mauvais départ et concède d'entrée plus de 3 m de retard à son jeune camarade, Steven Lewis, âgé de 19 ans seulement. Quand Reynolds sort de sa torpeur, au delà des 200 m, c'est pour constater avec effroit qu'il a près de 6 à 7 m de retard sur Steven Lewis. Aux 300 m le recordman du monde est encore à 4 m de son jeune rival. Il ne peut combler ce handicap et échoue en 43"93 contre 43"87 pour Lewis.



    Au saut à la perche, l'effacement des Français ouvre la porte toute grande aux Soviétiques dont le trio investit le podium.
    Mais il faut attendre que la barre soit placée à 5,90 m pour savoir qui de Rodion Gatauline ou de Sergei Bubka va s'imposer. Gatauline a franchi 5,85 m, hauteur que le recordman du monde a préféré négliger.
    Après avoir franchi 5,70 m, Bubka attend trop longtemps : il s'est déconcentré ; il s'est refroidi au fur et à mesure que le crépuscule a envahi le stade. Il rate nettement ses deux premiers essais ; mais au prix d'un prodigieux effort, il s'élève au-dessus de la barre à 5,90 m pour arracher le titre à son compatriote.



    Jackie Joyner-Kersee domine ses deux grandes rivales, Heike Drechsler et Galina Tchistiakova, grâce à un bond de 7,40 m.

    Dans le 200 m : en demi-finale, Florence Griffith abaisse de 15/100ème le Recode mondial détenu conjointement par Marita Koch et Heike Drechsler en 21"71. Puis deux heures plus tard, elle s'envole en finale et boucle le demi-tour de piste en 21"34, soit encore 22/100ème de gain sur la précédente marque ! En un après-midi, Florence Griffith a effectué une impressionnante avancée : de 21"71 à 24"34, soit une amélioration de 37/100ème, supérieure à la progression enregistrée dans cette discipline de 1973 à 1988 !



    Florence Griffith a distancé la Jamaïquaine Grace Jackson de 38/100ème et Heike Drechsler de 61/100ème. On demeure confondu par une telle supériorité, inédite aux Jeux Olympiques, même au temps des plus grandes championnes qui ont fait l'histoire du sprint.
    Rien ne sera révélé au sujet de Florence Griffith, ni pendant, ni après les Jeux.
    Mais comme dle dit le Prince de Merode, ce n'est pas parce que l'on est négatif que l'on est blanc comme neige.

    Moins impressionnante est la victoire du décathlonien est-allemand, Christian Schenk. Il l'emporte au finish dans le 1500 m où sombrent les derniers espoirs de Daley Thompson d'accomplir un triplé historique. Schenk devance son compatriote Torsten Voss, principalement grâce à un formidable saut en hauteur à 2,27 m dans un style dont il est le dernier tenant, le rouleau ventral. Les Français Christian Plaziat et Alain Blondel prennent deux honorables places de 5ème et 6ème. On avait espéré mieux pour Plaziat, trahi par sa faiblesse des les trois lancers.



    Le Kénya étend son emprise sur le demi-fond mondial. Julius Kariuki s'impose devant son compatriote Peter Koech dans le 3000 m steeple. En 8'5"51, Kariuki pulvérise le Record Olympique de Gaerderud.

    En saut en hauteur féminin, le succès de Stefka Kostadinova paraît assuré. Pourtant la Bulgare rate sa chance à 2,03 m, résultat très éloigné de son record Mondial. Elle est à égalité avec l'Américaine Louise Ritter. Dans le barrage qui doit les départager, Stefka Kostadinova manqe à nouveau 2,03 m, barre que Ritter passe immédiatement après elle.

    Le relais 4x100 m des Etats-Unis a gagné sa série, aisément en l'absence de Carl Lewis remplacé dans le dernier relais par McNeill.
    Mais trois réclamations sont dépaosées par l'U.R.S.S., le Nigeria et la France. McNeill aurait pris la bâton hors limites, accusation vérifiée et confirmée par la vidéo. Le 4x100 m américain est disqualifié.
    Dans la finale, défigurée à la suite de la disqualification des Américains, l'U.R.S.S., avec quatre sprinters de classe moyenne, devance en 38"19 Britanniques et Français.
    Le quatuor Marie-Rose, Sangouma, Quénéhervé et Morinière, en valeur absolue, vaut quelques dixièmes de mieux que les Russes. Mais, faute de préparation, ils se contentent donc du bronze.



    Le Kenya se taille la part du lion en demi-fond.
    Sur 1500 m, Peter Rono mène la course presque de bout en bout. Il résiste, dans la dernière ligne droite, à l'attaque des Britanniques Elliott et Cram.



    Sur 5000 m, John Ngugi accomplit un "one man show" impressionnant. Il démarre dès le deuxième kilomètre, lâche tout le monde grâce à un tour de piste en 58" et termine loin devant le peloton en 13'11"70.
    Ainsi l'Afrique a tout raflé du 800 m au 10 000 m, y compris le 3000 m steeple.

    Dans le 4x400 m féminin, les Soviétiques Tatiana Ledovskaia, Olga Nazarova, Maria Piningina et Olga Bryzgina réalisent 3'15"18, soit une moyenne de 48"2 par athlète devant les Américaines.

    Dans le 4x400 m masculin, les Américains Danny Everett, Steven Lewis, Kevin Robinzine et Harry Reynolds égalisent le vieux record de Mexico, en 2'56"16, soit une moyenne individuelle de 44"04.

    Le marathon, ultime compétition des Jeux de la XXIVème Olympiade, est la plus rude des courses, mais aussi la plus valorisante. Pendant 2h10mn s'y produisent les coups de théâtre les plus renversants. Tour à tour, le Tanzanien Ikangaa, le Djiboutien Salah, le Japonais Nakayama, le Kenyan Wakiihuri semblent dominer la situation. Mais c'est finalement l'Italien Gelindo Bordin qui finit le plus fort et connaît le triomphe du stade.




    Pour sa rentrée olympique, l'U.R.S.S. a été la grande triomphatrice des Jeux Olympiques avec 55 médailles d'or, devant le R.D.A. 37 et les Etats-Unis 36. La Corée totalise 12 première places et se classe officieusement 4ème.
    La France, 9ème, avec 6 titres et 16 médailles, a joué un rôle modeste mais satisfaisant. Elle précède l'Italie qui la battait régulièrement.

    A l'heure de l'adieu, les 9000 participants sont entrés dans l'arène en un gigantesque déferlement de joie.
    Le président du comité d'organisation Park Seh-Jik peut alors traduire par des mots profonds et justes la qualité de ces Jeux du renouveau et l'unité retrouvée :
    "C'était le jour, maintenant c'est la nuit. C'était une porte qui s'ouvrait ; maintenant c'est une porte qui se ferme. Mais une porte est faite pour être ouverte. Tant qu'il y aura une porte, on ne pourra se dire adieu. Nous sommes unis..."
    Le présieent Juan Antonio Samaranch peut alors prononce la clôture des Jeux.
    Il a gagné avec les Coréens, un gigantesque pari sur l'adversité. L'olympisme a surmonté une nouvelle crise qui aurait pu être mortelle, tant le choix de Séoul posait de problèmes politiques. Mais l'opiniâtreté du président Samaranch, ses qualités innées de diplomate, son don de persuasio ont eu raison de tous les obstacles.
    "Nous sommes unis..." Rendez-vous à Barcelone en 1992. Juan Antonio Samaranch est un homme heureux. Il transmet le drapeau olympique à son compatriote Pasquall Maragall, maire de Barcelone, après avoir appelé toute la jeunesse du monde à se retrouver dans 4 ans pour une fête encore plus belle.
    Les Jeux sont faits, mais ils continuent. Bientôt ils auront 100 ans.



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